Littérature: rencontre avec Mahamat Nour Abdéramane Barka

8 mars 2015

Littérature: rencontre avec Mahamat Nour Abdéramane Barka

Nouri

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A seulement 19 ans, Mahamat Nour Abdéramane Barka vient de publier un livre qui fait de lui le plus jeune écrivain tchadien. Il s’agit d’un recueil de poèmes intitulé L’AMOUR ET LA REVOLTE D’UN NEGRE, paru dans la collection Classique des éditions Edilivre, en France. Il est considéré par plus d’un comme la relève de la négritude, notamment avec un style dans lequel on ressent Senghor, Aimé Césaire et David Diop à la fois.

Comment vous est-il arrivé l’idée d’écrire ce livre ?

L’idée d’écrire ce livre m’est venue quand j’étais au collège, où mon prof d’histoire me racontait le triste sort que le peuple noir a subi depuis la nuit des temps. Il faut avouer qu’écrire ce livre me libérait de moi-même. C’est une nécessité. Une expression qui voulait, à tout prix, voir le jour.

Comment s’est déroulé le choix du titre ?

Je suis ce nègre qui, tout au long de la lecture de ce livre, fait entendre sa voix ainsi que celles des opprimés. Le choix de ce titre s’est imposé en moi quand j’ai su que dans ce livre, j’exprime mon amour, ma révolte et mes rêves d’un monde meilleur.

Parlez-nous de ce texte si original ; comment est-il né ?

Beaucoup me demandent de leur parler de ce texte. Mais, c’est le lecteur qui est mieux placé pour parler d’un livre ; car tout lecteur, au moment de lire un livre, il le réécrit. Pour sa naissance, je crois que j’ai eu le dessein d’écrire ce livre depuis que j’avais 15 ans. Je me suis dit que je peux exprimer mes sentiments.

Quel message voulez-vous transmettre à travers cet ouvrage ?

Je prône l’espoir et l’amour. J’ai grandi dans un Tchad de guerres, j’ai vécu deux fois les affres de ces guerres en étant enfant. Cependant, je suis en quête d’amour et d’espoir, car je veux vivre en paix.

La femme est souvent évoquée dans vos écrits ?

J’ai un jour dit à Housna qu’elle est la matrice de ma poésie. C’est une vérité ! J’encourage le féminisme et tout acte posé dans le but d’élever la femme au rang de l’homme. Pour vous dire combien les femmes m’inspirent. J’ai passé la classe de 3e à admirer Rosa Park’s, Miriam Makeba, Césaria Evora, ces femmes qui avaient œuvré pour le devenir de l’humanité.

Pourquoi avoir choisi la poésie pour exprimer votre ras-le-bol ?

Je lisais beaucoup les artisans de la Négritude. Mettre mon pas sur le leur est donc devenu ma tache. Il faut dire que la poésie est une forme qui m’a permis de marquer mon engagement et je l’ai choisie parce qu’elle m’avait ouvert ses bras.

Avez-vous l’envie de toucher un lectorat particulier ? La femme, l’homme, la politique ou la société ?

Pas forcement. Dans ce livre, je me suis adressé aux blancs qui ont réduit les Noirs au silence et aux Noirs qui n’avaient pas su être les maîtres de leur destin.

Quelles sont vos passions à part l’écriture ?

La  philosophie et le dessin me passionnent beaucoup. J’ai toujours voulu ne pas dévoiler mes passions.

Quel est votre livre préféré et pourquoi ?

Mon livre préféré c’est le recueil de poèmes ‘‘Les coups de pilon’’ de David Diop. Parce que c’est un livre que j’avais découvert très jeune et je trouve son style à la fois violent et poétique.

La musique tient-elle aussi une vaste place dans votre vie que la littérature ? C’est un moyen d’expression ou d’interprétation comme l’écriture et la lecture. 

Charles Baudelaire dit que la musique adoucit les mœurs. Enfant, j’ai passé un temps plus précieux à aimer Mickaël Jackson qui m’influençait. Oui, elle peut être parfois plus forte que la littérature et c’est sans ironie. Elle permet facilement de transmettre un message. Mes aînés Flavien Kobdigué et Didier Lalaye, respectivement Kaar Kaas Sonn et Croque-Mort, ont bien su concilier ces deux matières. Je n’oublie pas aussi Mberal Mbaïkoubou.

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?

Actuellement, je suis en face de finir mon premier roman et j’écris aussi une pièce de  théâtre avec une amie française. Cette pièce théâtrale met en scène l’intervention du Tchad au Mali. Toutefois, j’ai d’autres projets dans mon tiroir et j’ai hâte de les toucher.

Un conseil pour vos lecteurs ?

Je conseille seulement à la jeunesse de lire beaucoup. Tous les volumes que je vois aux bibliothèques sont écrits pour nous et il est temps qu’on les lise. Un soir, nous étions le temps d’un débat, mon ami Alfaroukh m’a dit que la lecture est une arme. J’aime jusqu’à là cette idée.

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Commentaires

bangui
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Bonjour, ton blog est formidable car il décrit la vie du pays et je constate que tu es très jeune. Félicitation ! Je me délecte de tes pages, de ce regard que tu poses sur la vie, tes réflexions. Continue sans relâche cher poète, continue de nous raconter le pays avec la paix au coeur et pousse le bouchon le plus haut possible en descendant dans les profondeurs de nos maux sociétaux mais aussi en montrant l'espoir. Tu as la fibre d'un écrivain J'ai beaucoup rigolé en lisant le bref échange avec le policier, c'est comme si j'étais dans la scène. Je marque ton blog dans mes favoris et je vais en parler. Ca fait vraiment du bien de sentir une jeunesse qui monte pleine de fraicheur et d'intelligence. Bravo ! Cécile Bangui