DES AUTEURS REUNIS POUR ZOUHOURA

21 février 2016

DES AUTEURS REUNIS POUR ZOUHOURA

Au lendemain du viol collectif qu’a subi une jeune lycéenne tchadienne, nommée Zouhoura, tout le Tchad en parle. Violée par les fils des généraux et de hauts responsables appartenant au régime de Deby, publiant ensuite les images humiliantes de ce viol sur les réseaux sociaux, Zouhoura devient une célébrité. Toute personne, ayant visionné la vidéo de son viol, s’indigne au plus haut degré. Les Tchadiens de la diaspora et ceux vivant à l’intérieur se sont indignés et ont vite exprimé leur mécontentement à travers Facebook, tout en publiant des vidéos dans lesquelles ils condamnent ces actes innommables et accusent l’ethnie du président dont les enfants deviennent intouchables. Ce fait a amené le président Deby à réagir pour la première fois sur Facebook.

Livre
Livre

Les élèves et les étudiants de plusieurs villes du Tchad ont manifesté dans les rues, tout en brandissant des pancartes dans lesquelles sont inscrites « Justice pour Zouhoura », « Je suis Zouhoura », etc. Ils font ainsi l’objet de sanglantes répressions policières. Les images qu’ils diffusent sur Facebook dramatisent ces événements qui sont déjà réellement dramatiques. Les étudiants de beaucoup de pays ont apporté leur soutien aux manifestants tchadiens. L’opposition et la société civile condamnent, quant à elles, ces actes barbares et dénoncent le silence de marionnettes observé par les gouvernants. Tout s’enflamme sur Facebook. La connexion Internet est souvent censurée mais cela n’a pas découragé les jeunes indignés qui, dans chaque post, mettent : #Zouhoura.
De ce fait, les écrivains tchadiens, à savoir : Dr Djiddi Ali Sougoudi, Youssouf Terri, Clarisse Nomaye, Nouri, Mahamat Nour Hassaballah, Abakar Djoufoune, Joslain Djéria, Mamadjibeye Nako, accompagnés des auteurs tchadiens en herbe : Adoum Tchoroma Matalama, Rene Mouna, Djamaladine Annour, Christine Haga, Noura Hamid, Mariam Hamid, Abderehim Adoum Choua, Saada Djadid Mahamat, Ibrahim Ellefimi Djarama Kebir, Ahmat Tchoroma Matalama, et des poètes issus de différents pays : Cary Devilseyes, Mamadou Ngom, Moumina, Zara Hervé, Michèle Elfe et Nathalie Mougenot ont uni leurs talents pour condamner le viol commis sur la jeune ZOUHOURA et sur toute autre femme et militer pour que la justice soit lui rendue.
Ainsi, ils ont écrit un livre en trois jours, intitulé « Poèmes pour Zouhoura », un recueil de poèmes de 48 pages, publié aux éditions Plume-Direct en France. Il est à acheter par carte bancaire au prix de 5 euros ou à contacter la page Facebook « Poèmes pour Zouhoura ». Ce bijou poétique est absolument à découvrir. Car, il est fait pour une bonne cause. Il est dédié à Zouhoura, au jeune Abachou qui a insufflé son âme en martyr, pour ne citer que ceux-là.
Il s’ouvre par le poème de Clarisse Nomaye qui est un véritable hymne qui caresse le cœur, puis on trouve respectivement Youssouf Terri et Nouri, l’un s’exprime comme toujours dans de belles rimes et l’autre laissant ses muses errer dans la prose. Gigantesque œuvre qui a fait réunir de grands talents. Ce n’est pas fini. On trouve en feuilletant l’impeccable Dr Djiddi Ali Sougoudi et le poète engagé Mahamat Nour Hassaballah crier à tour de rôle leur mécontentement dans des poésies métaphoriques aux styles tournés. Quand on dit un bijou littéraire, il doit être brillant et extraordinaire. Ainsi, en cours de lecture, on rencontre Mamadou Ngom exprimant sa peur dans un poème succulent et chantant la tristesse de l’âme, puis la page s’ouvre pour le jeune Ahmat Tchoroma qui, au matin de son talent, laissait son cœur plaindre poétiquement, et laissant place aux hymnes de Nathalie Mougenot et Mounina qui, prêtes à se sacrifier pour de bonnes causes, se confient tout bonnement entre les lignes. La lecture est-elle terminée ? Non. Le lecteur a maintenant à faire face à un joli haïku de Zara Arank Hervé qui, en peu de mots, s’exprime longuement et à une prose expressive du poète Joslain Djéria qui dévoile ses craintes et ses douleurs. Mamadjibeye Nako et Noura Hamid qui, l’une dénonce la police et l’autre interpelle la justice à travers leur poésie féministe engagée, accompagne la lecture de cet ouvrage jusqu’à la délectation.
Peut-on ainsi fermer le livre quand on n’a pas encore découvert les grands noms ? On continue à feuilleter. Pour le plaisir des yeux, nous tombons sur des jeunes lycéens au talent convaincant. Il s’agit de Ibrahim Ellefimi Djarama Kebir et Saada Djadid Mahamat qui dans des styles différents expriment leur ras-le-bol. Place maintenant au jeune poète Abderehim Adoum Choua qui, dans une poésie engagée, ne cesse de questionner les violeurs qui n’auront sûrement pas lu le livre. Le beau féminisme s’étale encore entre les lignes par la plume de
Michèle Elfe qui veut voir les violeurs laisser les petites fleurs s’épanouir pour égayer les champs de la vie. Elle sera suivie de l’écrivain prolifique Abakar Djoufoune qui demande justice aux opprimés dans un poème qui tient en haleine.
Le lecteur n’aura point besoin de suspendre la lecture de « Poèmes pour Zouhoura ». Parce qu’il sera ébloui par la poésie de Mariam Hamid qui s’adresse aux fils des officiers supérieurs. Ses rimes laissent toujours la soif de relire son beau poème, puis on tombe sur Christine Haga qui offre un chant poétique dans lequel elle condamne fermement les actes de viol. Ayant à peine chanté avec Christine Haga que le lecteur est appelé à déclamer avec Djamaladine Annour. Il s’agit là d’un bel acrostiche qu’il nous offre et est intitulé « TOUS AVEC ZOUHOURA ». Ce livre semble tirer à sa fin. Mais Adoum Tchoroma Matalama, récent auteur d’une lettre ouverte adressée au président Idriss Deby Itno, surgit avec un doux poème, on dirait d’amour, adressé à Zouhoura. Puis, on lit Rene Mouna dont la plume est imbibée de féminisme et d’engagement planer dans le ciel des beaux mots et enfin comme un cadeau tombé du ciel, Cary Devilseyes nous offre de jolies rimes comme pour nous consoler que le livre se ferme aussitôt alors qu’on a encore besoin de le lire. Tout au long de ce livre, les auteurs ont rendu hommage au jeune héros Abachou, tué par la police.

On est consciens !

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